Sainte Sophie: Symbole d’une politisation du religieux

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Sainte Sophie, c’est l’histoire d’un majestueux bâtiment historique qui traverse les époques. D’abord Eglise byzantine du IVème siècle à 1453, puis Mosquée jusqu’en 1934 pendant l’ère ottomane. Transformée en musée par le leader progressiste turc Ataturk, comme symbole de l’histoire riche et multiculturelle de la ville. En 1985, le site est déclaré patrimoine historique par L’UNESCO. Le Président actuel, Erdogan, conservateur et islamiste, en a fait lui aussi un symbole et, en 2020 réouvre le lieu au culte musulman.

Sainte Sophie est voisine et fait face à la grande mosquée bleue, magnifique, construite en 1609, réputée pour ses magnifiques mosaïques bleues et pour ces 7 minarets.

En bons touristes appliqués et curieux, nous décidons de visiter ces deux lieux à la suite. Dans les deux cas, nous arrivons à l’heure de la prière. Sainte Sophie est débordante de fidèles, la Mosquée Bleue semble beaucoup moins privilégiée par les dévots bien que ce soit aussi un bijou architectural. C’est, semble-t-il, au milieu des touristes qu’ils préfèrent adorer Dieu. Au fur et à mesure de notre découverte de Sainte Sophie, nous ressentons des regards sur nous, pas franchement empreints d’amour et de piété. Des regards jugeants, presque présomptueux. Adorer Allah dans une ancienne église semble délicieux, un brin revanchard. Malgré la beauté des décorations, tant ottomanes que byzantines, nous nous sentons progressivement oppressés. Une vielle femme croyante me alpague je remets mes chaussures 5 cm trop vite, comme tous les autres, mais je suis femme et occidentale, ceci semble inacceptable pour elle. A la sortie, on nous livre gratuitement un peu de lecture sur le Coran et la Bible… »Alors que les animaux, qui n’ont aucune raison, évitent les plantes nuisibles et mangent celles qui sont comestibles, il est du devoir des humains qui ont été embellis d’esprit et qui sont candidats au Paradis, de surmonter les croyances perverties et de trouver la Vraie Religion pour leur avenir » (in « le Coran et la Bible », disponible sur le site www.tomorhoca.com).

Expérience forte, presque surréaliste pour nous, pauvres occidentaux diablement attachés à la laïcité et à la liberté religieuse. Nous nous sentons touchés dans nos valeurs. Nous comprenons qu’ici la religion est politique et la politique religieuse. Le conservatisme islamiste d’Erdogan n’est pas une douce idée mais bien une arme aiguisée et complexe. A la sortie de la visite, nous nous asseyons pour reprendre nos esprits. La place est noire de femmes voilées, pour la plupart intégralement. L’héritage républicain d’Atatürk et laïque semble loin. Lors de tout notre séjour en Turquie, nous avons ressenti le poids de la religion, en particulier à travers la place de la femme. Les hommes s’adressent toujours en premier à Philippe, beaucoup ne me saluent pas. Dans les villages, les femmes sont presque absentes des lieux publics. A Istanbul, des femmes turques occidentalisées me saluent comme une revendication identitaire, certaines autres, voilées, me toisent.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, Erdogan défend le nationalisme et un islamisme proche des frères musulmans. Avec des succès économiques importants au début de son mandat, il a été réélu et est toujours au pouvoir. Il est soutenu par une très importante base. Il est aussi contesté par de nombreux groupes, en particulier les associations féministes qui voient le droit des femmes se restreindre et surtout une conception du rôle de la femme très conservatrice prônée par le président. De nombreuses personnes avec qui nous avons échangé nous ont fait comprendre leur hostilité au président, mais toujours à bas mots, entre deux lignes. Nous avons mal vécu ce climat que nous avons ressenti comme oppressant et autoritaire. Le projet défendu par le Président est très éloigné de nos valeurs. Mais là n’est pas le problème. Nous avons surtout parfois ressenti une vraie hostilité face aux occidentaux que nous sommes. L’expérience de Sainte Sophie a été très symptomatique pour nous.

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