RioTinto: 1 heure dans la grande histoire du cuivre

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7 février 2022 sur la route entre Arecena et Séville

En descendant de la Sierra d’Arecena (par une magnifique route serpentant dans les vallons et sur les crêtes, nous sommes au détour d’une colline, plongés dans les mines de Rio Tinto. La première image; c’est celle là:

On passe du romantisme , de la verdure la plus harmonieuse, des pâturages gourmands (Pata negra- élevage de porcs noirs en libertés sous les chênes verts) à  »Seuls sur Mars », en 5 secondes!

Pas d’odeur, juste une absence de verdure, une couleur de dingue et un immense sentiment de désolation.

Les gourdes sont vides, mais curieusement nous n’avons pas envie de nous désaltérer, nous avons soif de comprendre comment  »nous », l’humanité, en est arrivée là, à 50km de Séville la sémillante, à deux pas de chez-nous qui regardons la télé et les pollutions liées aux mines depuis plus de 50 ans (pour Philippe). Voir à la Tv, c’est une chose, traverser cette zone dans la poussière sur nos petits vélos, c’est une impression plus forte, qui nous fait sacrément réfléchir!!!

Un lac rouge, puis un autre, puis des bulldozers, des usines, des trax, des camions bennes miniers (Rigid dump truck) ,https://www.komatsu.eu/en/dump-trucks/rigid-dump-trucks de la poussière, un village de mineurs, puis au autres sites minier, puis un site de décontamination de terres sous bâches, nous ne sommes plus sur terre, nous sommes dans l’antichambre de Lucifer, tout est rouge… et depuis les temps des romains.

Nous sommes au coeur des sites miniers de  »RioTinto »,

nom du village éponyme en 1 mot. la célèbre compagnie d’extraction de matières première, connue dans le monde entier, surtout pour ses catastrophes écologiques, a pris le nom de la commune que nous traverserons en une heure, étonnés par l’ampleur du paysage  »sculpté à la main » comme disent les espagnols, désormais aux machines titanesques.

Rio Tinto – cette journée, ne sera pas une sortie botanique pour veilles dames anglaises passionnées de rosiers du même nom. Rio Tinto, c’est une histoire chaotique, une épopée industrielle avec ses hauts et ses bas. Un riche industriel, Hugh Matheson, fin 1800, achète ces mines déjà faiblement exploitées, pour une bouchée de pain. Selon wiki, l’offre comportait une clause précisant que le gouvernement espagnol renonçait définitivement à tout droit de réclamer des redevances sur la production de la mine. Peu après l’achat de la mine, le consortium a créé une société industrielle nommée Rio Tinto. La mine devient rapidement le premier producteur mondial de cuivre. L’histoire de la mine est rapidement sanglante. Dès 1888, la direction anglaise n’hésite pas à fusiller les miniers et les agriculteurs qui se révoltent déjà contre une système de calcination en pleine air qui met en péril la santé et l’agriculture voisine. La compagnie fermera ses portes dans le village de Riotinto en 2001 mais poursuit ses activités dans le monde en restant peu respectueux de l’environnement et en se retrouvant en justice régulièrement, en 2020 en Australie pour des questions de droit du territoire aborigène. et actuellement pour des questions de harcèlement au sein du groupe. En janvier 2022, la Serbie renonce à un projet de création d’une mine par Riotinto suite à des manifestations de la population. La mine est rachetée par Atalaya Mining et après plusieurs années de négociations avec l’Etat, réouvre en 2016. Leur présence et impact écologique soulève toujours autant de débats.

Nous nous voyons des terrils de toutes couleurs rouges, blanches grises bleues, une atmosphère de désert marocains…

Extraire c’est bien, mais il y a aussi le traitement des déchets miniers, et là c’est grandiose. En aval des mines qui nous mettent déjà le moral dans les baskets au vu de la dévastation des lieux originels (Mais nous sommes très contents de rouler avec des vélos en acier, aluminium, batteries de téléphone au lithium, graphite, et d’avoir du courant acheminé par des câbles en cuivre), nous découvrons des complexes de dépollution des terres, des déchets miniers, des eaux, traitement chimiques, traitements bactériologiques sous des bâches noires plastifiées maintenues par des avec pneus de véhicules miniers (pneus neige des voitures de touriste suisse s’abstenir, c’est pas à l’échelle locale).

Bâtiments en fonction, bâtiments en ruines, des kilomètres carrés de territoires utilisés pour une  »remise en état » un reconditionnement. Nous n’avons pas eu le courage de goûter l’eau de source en aval des installations. Voilà c’est aussi cela notre monde: le rutilant ex salon de l’auto genevois, et les mines à ciel ouvert de Rio Tinto à Riotinto- 50 km de Séville. Désolé, pas de plante à vous montrer, même les pins sont secs.

En parcourant cette chaîne industrielle primaire sur 20 kilomètres, qui fonctionne au gré des cours mondiaux du cuivre et autres matières premières, on se dit que l’on devrait faire durer et réparer un peu plus nos équipements.

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