Le barrage  »Albufeira d’Alqueva »: un projet ambitieux source de grandes tensions

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L’ouvrage avait été programmé dès 1957, sous la dictature de Salazar. L’idée avait été oubliée pendant plusieurs décennies, surtout pour des raisons financières. Puis elle a été relancée en 1995 par le gouvernement socialiste. Le projet a été réalisé en sept ans. A l’échéance 2025, avec toutes ses infrastructures touristiques et d’irrigation, il aura absorbé un budget total de 1,95 milliard d’euros. Le 8 février 2002, le barrage a été fermé et l’eau a commencé à remplir le plus grand lac de retenue d’Europe, avec ses 1 100 kilomètres de périmètre et 250′ kilomètres carrés (580 km2 pour le Léman à titre de repère).

L’Alentejo est la région la plus aride du Portugal et représente un tiers du pays mais seul 5% de la population y vivait en 2004. Jusque récemment, cette région était considérée par Bruxelles comme une des régions les plus pauvres de l’Europe. Dans ce cadre, les objectifs du barrage étaient multiples: remplir ce grand bassin d’eau et retenir la population, plutôt que de la voir émigrer à l’étranger, produire de l’électricité et irriguer les terres (jusqu’à 100 000 hectares) assurer une alimentation en eau aux villes et villages, seize villages se retrouvent au bord de l’eau et auront un port, constituer une réserver stratégique d’eau pour le pays et…attirer les touristes. Le plus grand lac de retenue d’Europe permet aussi de positionner l’Alentejo au centre de l’Europe et du monde, comme modèle.

Cet énorme projet a bien évidemment créée des débats. Les habitants tout d’abord, certains devant quitter leur village. Le village de Lutz a été immergé et un nouveau Lutz a été construit plus haut, en emportant ses sépultures avec. Les écologistes ont tenté de trouver des compromis en vains: des millions d’arbres ont été enfouis sous l’eau, représentants des zones de prédilection du lynx en voie de disparation, en emportant avec eux des aires de nidification d’oiseaux menacés comme l’aigle impérial, le vautour noir et la cigogne noire. Les archéologues ont protesté, des vestiges archéologiques remarquables ont disparu définitivement sous les eaux.

Avec un taux de consommation d’énergies renouvelables situé autour de 28% au début des années 2010, le Portugal est parvenu à doubler sa production nationale et se situe actuellement parmi les cinq pays européens les plus avancés dans ce domaine, juste derrière les pays scandinaves et l’Estonie. Le barrage d’Alqueva fait partie des grandes infrastructures permettant d’atteindre cet objectif.

En discutant avec les habitants, nous avons essayé de voir quelles étaient les retombées pour eux de la construction de ce barrage. Selon certains, l’industrie du tourisme surtout semble avoir pu bénéficier des retombées. L’Etat semble en effet avoir fait beaucoup d’effort pour mettre en avant cette région. L’Etat a labelisé les villages et a porté au rang du patrimoine national,16 villages, dont Monsaraz et Mourao. Ils sont désormais susceptibles d’apparaitre dans les prospectus touristiques. On observe en effet dans les villages des offices du tourisme récentes, les routes et les bâtiments publics tous en parfait état. Des habitants nous confieront que cette vitrine cache un soutien à deux vitesses: une vitrine largement subventionnées et des politiques sociales déficitaires (accès aux soins, à l’éducation, etc. non accessibles à tous ou de piètre qualité). De plus, les propriétaires de terre font monter les enchères. Andreias, cette jeune portugaise revenue au pays et cherchant à développer son projet de culture de baies de goji ne trouvent pas de terrain à vendre…Vera, la productrice des citrons antiques, nous confirmera cette triste réalité qui empêche paradoxalement une dynamisation de la région…

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